jeudi 2 août 2007

La problématique de l’habitat à Madagascar



Des conditions d’habitat précaires



Une offre de logement insatisfaisante et marquée par la précarité
Le difficile accès à un logement décent est un problème persistant à Madagascar. Ce phénomène est encore plus criant dans les centres urbains. L’agglomération d’Antananarivo, qui rassemble plus de 10% de la population totale du pays et le tiers de sa population urbaine, subit de plein fouet les dysfonctionnements résultant de cette forte pénurie de logements. Aux quartiers privilégiés nichés sur les collines s’opposent les bas quartiers aux terrains inondables où se sont installés spontanément des centaines de milliers d’habitants. Les constructions précaires prolifèrent par juxtapositions d’initiatives individuelles dans des sites où l’ampleur des dysfonctionnements (logements, situations foncières, équipements et infrastructures) n’a d’égal que les grands problèmes sociaux rencontrés par une majorité de la population.
Qu’il s’agisse de la Capitale, ou dans une moindre mesure, de la périphérie, une part très élevée des logements de ces quartiers pauvres est en mauvais état et devient par conséquent vecteur d’insalubrité (problèmes d’infiltration d’eau et d’humidité du sol et des murs, inondations récurrentes).

De nombreux dysfonctionnements sont observés au sein des habitations, souvent liés aux modes d’occupation du logement (surpeuplement), du terrain (surdensification bâtie de la parcelle) associés à un manque d’investissement (impécuniosité ou abandon du bien et de son environnement proche). Faute de moyens financiers à investir dans le logement, les habitants des quartiers défavorisés vivent dans des constructions faites de matériaux de récupération (planches de bois, tôles, bâches, boue séchée) ou de briques. Elles sont souvent de petite taille et occupées par des familles nombreuses (en moyenne, 5 membres) ; beaucoup vivent ainsi dans la promiscuité d’une pièce unique destinée à accueillir l’ensemble des activités quotidiennes. La fragilité de ces habitations n’offre que peu de résistance aux intempéries (fortes pluies et inondations). Le niveau de confort y est très modeste (absence d’assainissement, d’alimentation en eau ou d’électricité). L’accès y est difficile en raison de l’état des ruelles non pavées et de l’eau pluviale stagnante dans des zones creuses.

- Une insécurité foncière pesante
Les habitants des quartiers d’intervention, comme dans l’ensemble du pays, sont concernés par des problèmes fonciers récurrents. Beaucoup sont en situation foncière précaire, en raison de l’absence ou de la non régularisation des titres fonciers prouvant la possession de terre sur laquelle ils vivent depuis parfois plus de 20 ans. Les difficultés des autorités domaniales et communales à sécuriser les parcelles, à mettre à jour le cadastre et à réaliser le Plan Local d’Occupation Foncière, ainsi que la complexité, les coûts et les délais des procédures foncières, freinent toute tentative de régularisation par les habitants. Cette insécurité permanente n’encourage pas l’installation pérenne de familles qui ne souhaitent pas investir dans un logement qu’ils pourraient se voir confisquer ou démolir.


- Un déficit en termes d’infrastructures et d’équipements collectifs
Les infrastructures collectives et les équipements de proximité des quartiers populaires sont jugés insuffisants par les autorités locales comme par la population. Ceux-ci ne permettent pas de répondre aux besoins des habitants et posent des problèmes de santé et d’hygiène flagrants (manque de bornes fontaines publiques, absence de blocs sanitaires, de lavoirs collectifs) et accroissent les lacunes socio-éducatives (écoles, dispensaires, centres de loisirs et d’animation).

Au sein des quartiers, de nombreuses ruelles et chemins en terre battue restent non aménagés. Ces dessertes tertiaires rendues boueuses après chaque averse deviennent impraticables en forte saison des pluies. D’autres, plus rares et souvent plus petites, sont recouvertes d’un dallage en pierre, permettant d’améliorer la qualité des déplacements au sein du quartier. Le gabarit
de l’ensemble de ces voiries rend toute collecte d’ordures, selon un système classique, difficile voire impossible, favorisant le développement de décharges sauvages dans les espaces non construits ou en bordure de ruelles.

- Des ménages socio-économiquement fragiles
Dans un contexte de crise économique, ce sont les plus fragiles qui se retrouvent les premiers et les plus durement touchés. Le « confort » est alors une notion bien lointaine dans le quotidien de ces familles. L’accès aux besoins essentiels (eau courante, sanitaires, logement pérenne) et la sécurité des personnes (risques liés à l’implantation des sites, problèmes sanitaires engendrés par les mauvaises conditions de vie) ne sont souvent pas assurés.
Les problèmes socio-économiques sont inhérents aux quartiers populaires. Nombreux sont les habitants vivant de faibles revenus. Travailleurs journaliers (porteurs d’eau, lavandières, dockers), petits commerçants de quartier, agriculteurs ou éleveurs, la plupart, à travers des activités informelles, tire des revenus très variables et incertains. Cette forte précarité se répercute directement sur les conditions de logement des populations concernées qui peinent déjà à assurer le quotidien (alimentation, santé, scolarisation des enfants).

- Un accès au crédit difficile
Dans les quartiers concernés, la fluctuation des revenus d’une grande partie des habitants associée à l’absence quasi systématique de preuve formelle de leurs activités ou revenus, ne leur permet pas d’accéder aux crédits Habitat existants dans le système bancaire classique, qui demandent des garanties élevées pour l’octroi d’un crédit. Si, sur Antananarivo, les institutions de micro-crédit existent, les offres de produit Habitat adaptés à cette population sont encore trop rares. Compte tenu des difficultés socio-économiques rencontrées par la plupart des familles, les habitants rencontrent de nombreux obstacles quant à la réalisation de travaux pourtant nécessaires (réfection des toitures des murs et clôtures, mise hors d’eau, extension de l’habitation).
< Collines et plaine innondable de Tana

Antananarivo, capitale économique et politique du pays depuis la fin du 19ème siècle, se situe dans la région centrale des Hautes Terres, appelée ainsi à cause des montagnes et collines qui la caractérisent. En 2005, elle concentre 55% du PIB national et 1/3 de la population urbaine du pays.


La ville est née de l’implantation de groupes humains sur la colline rocheuse d’Anjalamanga. Le choix de ce site en hauteur a été motivé par sa position défensive naturelle et explique son organisation en terrasses successives : le site originel s’est progressivement étendu en contrebas, jusqu'à s’étendre aujourd’hui sur les plaines environnantes.


Forte de cette position centrale, cette dernière soulève cependant la question de l’accroissement de la population, de l’évolution de la ville et de son extension spatiale. Depuis les années 1960, l’extension de la ville en direction des plaines a implanté de nombreux quartiers sur des zones inondables à tout moment par le fleuve Ikopa qui longe l’Ouest de la ville.


La situation actuelle de la capitale est plus qu’inquiétante et le retard accumulé dans l’amé
nagement urbain et périurbain y est considérable : entassement de la population, absence d’assainissement, équipements et infrastructures insuffisants, dégradation du patrimoine bâti sont autant de problèmes qui caractérisent la ville.


En terme de logement, l’accroissement naturel fort de la population et des besoins en augmentation constante engendrent une grande pénurie de logement, facteur décisif dans la multiplication de l’habitat précaire, parfois l’unique solution pour une part conséquente des habitants pour se loger.


Après avoir fait preuve, dans les années 1960-70, d’une politique de logement très dynamique, les autorités ont par la suite déplacé leurs actions vers d’autres centres d’intérêt, laissant la majorité des initiatives au secteur privé et aux organismes de développement. De plus, le coût élevé de la construction, la rareté des terrains prêts à bâtir, l’insuffisance du parc locatif, le blocage du système foncier, les difficultés financières croissantes des ménages constituent des facteurs de frein dans l’accès de la population à un logement abordable et décent.